Après cinq années d’une mandature dense, durant lesquelles notre commission a déposé et fait voter 39 résolutions, il me revient, avec mes collègues membres de la Commission Enseignement, Affaires culturelles, Francophonie et Audiovisuel extérieur de l’Etat, de dresser un bilan lucide mais aussi porteur d’espoir. Ces années ont été marquées par des alertes, des constats préoccupants, mais également par des avancées significatives concernant l’enseignement, la francophonie, la culture et l’audiovisuel extérieur.

Nous avons constaté, avec constance et vigilance, qu’une partie du réseau d’enseignement français à l’étranger peine aujourd’hui à remplir pleinement sa mission de service public. Les difficultés financières se sont accentuées, la mixité sociale s’est érodée, et l’égalité d’accès à l’éducation pour les familles françaises, partout dans le monde, n’est plus garantie. La crise que vit ce réseau aujourd’hui, largement commentée par mes collègues ce matin, et par la motion d’urgence qui sera votée plus tard aujourd’hui, en est témoin.
Nous structurerons ce bilan autour de trois axes : le réseau AEFE, l’école inclusive et la santé mentale, puis la Francophonie.
- Le réseau AEFE : un modèle à préserver et à réinventer
Au fil des cinq années de mandature, nous avons vu les fragilités structurelles du réseau AEFE se renforcer. Le modèle économique, déjà sous tension, ne garantit plus une accessibilité suffisante. La croissance rapide des établissements homologués privés, désormais majoritaires dans l’expansion du réseau, a entraîné une hausse importante des frais de scolarité. Cela s’est traduit par une perte rapide progressive de mixité sociale, pourtant intrinsèque à la vocation du réseau. Le désengagement de l’Etat avec une réduction sèche de la subvention accélère cette tendance.

Face à ces défis, nous avons défendu, au sein de notre commission, les valeurs de justice, de solidarité et de mixité sociale. Nous avons soutenu des résolutions portant sur la limitation des hausses de frais, sur l’amélioration des dispositifs de bourses pour les familles précaires ou issues des classes moyennes, et sur la nécessité de repenser la gouvernance et l’organisation du réseau.
Notre action ne s’est toutefois pas limitée à tirer la sonnette d’alarme. Nous avons également proposé des pistes de réforme ambitieuses : davantage de flexibilité, une adaptation accrue aux contextes locaux, un pilotage rénové avec une meilleure emprise sur les finances et une comptabilité analytique, une concertation accrue avec les acteurs de terrain, parents, enseignants, syndicats. Notre objectif a été constant : permettre au réseau de rester un service public éducatif accessible, ouvert et de qualité.

Avec Mme Eleonore Caroit, Ministre des Français de l’Etranger, discussion sur la réforme de l’AEFE jeudi 5 mars 2026
- L’école inclusive et la santé mentale : un engagement constant
L’école inclusive a été au cœur de nos travaux tout au long du mandat. Dès 2022, nous avons voté une résolution essentielle concernant la prise en charge des élèves en situation de handicap, en proposant notamment la création d’une MDPH référente unique pour les familles françaises de l’étranger, afin de simplifier les démarches.

En 2023, nous avons poursuivi cet effort en préconisant la création de pôles inclusifs d’accompagnement localisés, permettant de professionnaliser les AESH, de leur offrir une formation dédiée, et d’améliorer leurs conditions de travail. Ces mesures visent à renforcer l’égalité des chances au sein du réseau.
Les Assises de la Protection Sociale de 2025 ont confirmé la pertinence de ces propositions en formulant des recommandations majeures sur l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Parallèlement, la santé mentale s’est imposée comme un enjeu majeur, particulièrement dans l’après-COVID. Nous avons obtenu de véritables avancées : la création d’un IA‑IPR dédié au climat scolaire, l’intégration systématique de ces sujets dans les séminaires de rentrée des zones, l’extension du programme pHARe à l’ensemble du réseau, et l’introduction, dès 2023‑2024, de nouveaux critères d’homologation faisant du climat scolaire un axe incontournable des projets d’établissement.

Enfin, une enquête rapide menée par l’AEFE en 2023 a permis de cartographier les pratiques existantes et d’identifier les besoins pour renforcer la prévention du harcèlement.
- La Francophonie : un nouvel élan
Ces cinq années ont également été marquées par une réflexion profonde sur l’avenir de la Francophonie. Le Sommet de Villers‑Cotterêts de 2024 a constitué un moment fort, révélant une Francophonie dynamique, tournée vers la jeunesse, le numérique, l’innovation, et la diversité culturelle.
Nous avons vu émerger une vision renouvelée : une Francophonie de coopération, de création partagée, et de multilatéralisme. Nos travaux ont été nourris par cette dynamique et nous avons notamment soutenu l’idée d’un Erasmus francophone, destiné à encourager la mobilité des jeunes dans l’espace francophone, ainsi qu’un suivi des recommandations du rapport transpartisan sur l’avenir de la francophonie.

Conclusion
Ce bilan est celui de cinq années intenses, exigeantes, parfois difficiles, mais toujours stimulantes. Oui, nous avons vu les fragilités du réseau AEFE s’aggraver. Oui, les défis sont considérables. Mais nous avons aussi obtenu des avancées majeures en matière d’inclusion, de santé mentale et de Francophonie.
Ce bilan est celui d’une vigilance constante, et d’une volonté de faire bouger les lignes. Mais aussi celui d’une impuissance face à des choix politiques et administratifs, qui ne vont pas dans l’intérêt de la majorité de nos compatriotes établis hors de France.
Nous poursuivrons cette mission : œuvrer pour un enseignement français à l’étranger plus juste, plus accessible, plus inclusif, et pour une Francophonie vivante, inspirante et ouverte sur le monde.
